L’Esprit du Sud-Ouest – Tarn à la découverte d’un Pays de Cocagne- 1106 – p 84 à p 87.

 

PASTEL - L’OR BLEU DU PAYS DE COCAGNE

Texte de Marie-Hélène SERVANTIE, photos p 84 A. FELIX, photos p85 à 87 D. DELPOUX

 

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Autrefois, le Tarn se trouvait pris dans un triangle magique nommé « Pays de Cocagne » reliant ALBI, TOULOUSE et CARCASSONNE. Ses terres fertiles tiraient leur richesse d’une plante tinctoriale fascinante : le pastel. Quelques passionnés relancent aujourd’hui son utilisation et sa culture.

 

Le Pays de Cocagne existe ! Ou du moins ; il a existé, laissant le souvenir d’un pays imaginaire, véritable paradis terrestre où les richesses abondaient sans que l’on ait besoin de s’échiner au travail. « Al pais de Cocanha, qual lo mai dorm, aquel mai ganha ! » : Au Pays de Cocagne, plus on dort, plus on gagne !, s’amusait l’expression populaire. Dans son élégante boutique, située au cœur du Vieil Alby, l’Artisan Pastellier Didier BOINNARD expose dans une vitrine une de ces petites boules marronnasses, appelées coques ou cocagnes, qui plus elles vieillissaient, plus elles gagnaient en qualité tinctoriale ; d’où l’ironie du dicton occitan…

 

Cocagne de pastel

 

Ingénieur chimiste de formation, Didier BOINNARD connaît bien l’histoire, les secrets de fabrication et les extraordinaires propriétés des minuscules particules qui composent ces cocas. En 2000, il a fondé la marque L’artisan Pastellier avec Claire DELAHAYE, fille de Gilbert DELAHAYE, tisserand d’art et teinturier très connu dans la région, qui avait relancé l’extraction du pastel à la fin des années 1970.

« …..

Pigment de pastel

 

Jusqu’à ce qu’une poignée d’irréductibles les redécouvrent ! C’est à ce moment-là de l’histoire que Didier BOINNARD entre en scène.

Dans son atelier de GRAULHET, Didier met au point et développe des teintures naturelles pour le linge de maison, des produits Beaux-arts, des peintures écologiques, intérieures et extérieures, « comme le fameux bleu pastel, réputé repousser les insectes. D’où son application auparavant sur les cornes des vaches et, encore aujourd’hui, sur les volets ».

 

Teinture au pastel des teinturiers

 

Fleurée de pastel

 

Jean-rémi Hot dans la réserve de l'atelier de GRAULHET

 

Peinture beaux-arts extra-fine

 

Pour l’instant il se fournit en « or bleu » auprès de Bleu de Lectoure. Car dans le Tarn, personne ne s’est encore remis à exploiter la plante. Certains commencent à tenter l’expérience à petite échelle. Frédéric BOYER, un « paysan des couleurs », comme il se définit lui-même, vient de prendre part à un groupement foncier agricole (GFA) du côté de Montrosier.

Sur cinq mille mètres carrés, il cultive de manière exclusivement bio des plantes tinctoriales telles que la garance (rouge), la camomille (jaune), les cosmos sulfureux (orange) et, bien sûr, le pastel. « Mon but est d’ouvrir les esprits en montrant qu’il y a de la place pour toutes les formes de culture », insiste ce quadragénaire, qui partage son temps entre la vente directe des plants et ses activités d’animateur à l’environnement au sein d’un centre permanent d’initiative pour l’environnement. Un travail à temps partiel qui lui permet de dispenser ses connaissances sur le sujet auprès des enfants et d’adultes.

Partager un savoir ancestral, c’est aussi ce qui anime Patrice Georges RUFINO. En 1971, cet homme de lettres rachète le château de Magrin, au cœur du Lauragais, qui possède une curiosité : un authentique séchoir à cocagnes. Féru d’histoire, Patrice Georges RUFINO commence alors à accumuler de la documentation sur la plante. Sa passion le pousse à récupérer le dernier moulin pastellier du Pays de Cocagne et à ouvrir en 1983, le musée du Pastel. La même année il crée un « route historique du pastel ». Participant à de nombreux congrès sur le sujet, Patrice Georges RUFINO est devenu un fervent militant du renouveau du pastel. « C’est une plante qui a la chance de résister aussi bien aux basses températures qu’à la sécheresse estivale », s’enthousiasme-t-il. A Toulouse, des scientifiques s’intéressent désormais aux propriétés cosmétiques et thérapeutiques des huiles obtenues à partir de ses graines. » Patrice Georges RUFINO en est persuadé : « Le pastel sera une des plantes crucifères essentielles du troisième millénaire ! »

 

INFOS PRATIQUES

BONNES ADRESSES

 

Boutique de l’Artisan Pastellier

Dans cette jolie boutique ancienne, le pastel se décline en linge de maison, produits cosmétiques et artistiques, etc.

5, rue Puech Bérenguier

81000  ALBI

www.artisanpastellier.com

 

La route du pastel à vélo

(niveau sportif) : fiche du circuit à se procurer auprès du CDT du Tarn ou à télécharger sur www.tourisme-tarn.com (rubrique : info utiles/brochures interactives).

 

Pastel en Pays de Cocagne

Exposition itinérante (avec atelier pour enfants) dans différents office de tourisme.

www.tourisme-tarn.com (Découvrez le Tarn/Le pays de cocagne, du pastel au safran)

 

Musée du Pastel

Tarif adultes 8 euros, enfants de 6 à 18 ans 6 euros.

Château de Magrin

81220 MAGRIN

www.pastel-chateau-musee.com