Les Pigments et les colorants des encres d’enluminures

Les enlumineurs
Les enlumineurs, ce terme regroupe indifféremment les enlumineurs, les copistes, les calligraphes, les scribes, les peintres et les imagiers qui intervenaient dans la création des manuscrits.


Michel REDAL, Calligraphe Moyenâgeux.

Dans cet article de blog je me suis plus particulièrement intéressé aux matériaux dont se servaient les enlumineurs dans la fabrication de leur encre d’enluminure.

Les encres des enlumineurs sont essentiellement

• soit des encres d’enluminure pour les couleurs constitués à base de pigments et de détrempe de gomme de cerisier ou de gomme arabique, de blanc d’œuf et de miel. Les encres d’enluminure comprenaient des couleurs opaques (blanc de plomb, vermillon,…) pour peindre et des couleurs transparentes (laques, résinates,..) qui venaient en rehaut sur les couleurs opaques pour donner des effets de profondeurs, marquer les contours ou dessiner les drapés.
• soit des encres d’écritures constituées à base de tanins et de fer pour les noirs et des pigments utilisés en enluminure pour les autres couleurs mais préparer plus liquides.


Les encres d’enluminure

Les pigments blancs



Les calcaires broyés : craie, marbre, blanc crayeux, blanc de Venise, blanc de Meudon,… Ce sont des roches calcaires (carbonate de calcaire CaCO3) très blanches broyées. Ils sont utilisés dans la confection des laques. Ce sont surtout des charges peu couvrantes, qui servaient à diluer la couleur et à donner de la transparence. Dans les encres d’enluminure ils servaient notamment à la préparation des carnations.

La Céruse ou blanc de plomb (carbonate de plomb)
Blanc très employée autrefois, interdit dans les peintures depuis 1949 du fait de sa toxicité (il donne le saturnisme). C’est un pigment couvrant, qui noircit au contact des pigments contenant du soufre.
 Symbole de la céruse pour les alchimistes


Les Pigments rouges



Le minium ou mine de plomb (PbO, oxyde de plomb)
Il était obtenu par oxydation de la céruse (extrait Pierre de St-Omer « vous tournerez la céruse en minium, si vous la cuisez deux jours et deux nuits en pot, la sans cesse remuant avec un bâton…). Le minium est un bel orangé qui couvre la gamme de l’orange au vermillon. Remplacé à partir du XII e par le vermillon de synthèse. Il étaient utilisé dans les d’enluminure seul ou en mélange et très souvent utilisé pour peindre les vêtements.

 Symbole du minium pour les alchimistes

Le cinabre ou vermillon (HgS, sulfure de mercure)
D’origine naturelle, puis synthèse, ce pigment, bien qu fort couteux, était indissociable de la palette des artistes. Suivant le broyage et finesse de la granulométrie on peut obtenir du rouge profond au rouge orangé. Le cinabre est employé en encre d’enluminure pour les couleurs vives des vêtements, capes d’illustre ou robes des saints. C’est aussi le pigment qui sert pour les encres rouges d’écriture.

Le réalgar ou orpin rouge, rubis d’arsenic, arsenic rouge,… (AsS2 disulfide d’arsenic)
Ce sulfure naturel d’arsenic de couleur rouge rubis constitue le principal minerai d’arsenic. Il est assez lumineux a tendance à noircir en présence de plomb (blanc de plomb ou minium). Toxique

Les ocres rouges et oranges (Fe2O3, oxyde de fer)

 

Ils sont connus depuis la préhistoire (grottes de Lascaux) et toujours utilisés aujourd’hui pour leur grande stabilité et leur affinité à toutes les techniques. On les trouve à l’état naturel ou les obtiens par calcination de l’ocre jaune. Pour l’encre d’enluminure il étaient utilisé pour les teintes rouges marron et les visages et le corps en mélange avec le blanc de plomb. L’hématite ou ocre violet (Fe2O3, oxyde de fer)
Pigment naturel, dans les teintes rouge-brun violacé.

Les laques de garance (complexes métalliques de dérivés naturels d’anthraquinones)



Rubia tinctoria de la famille des rubiacées est connue depuis 4000 ans en Inde et cultivée au Moyen-Âge en Europe. Cette plante était surtout destinée à la teinture, car elle produit un très beau rouge dit « grand teint ». Mais il est fort probable qu’elle a été aussi utilisée dans les encres d’enluminures pour sa transparence.

 Laque naturelle, principes colorants dérivés d’anthraquinones : alizarine, purpurine,… On peut obtenir des laques allant du rose, rouge, violacé et au marron suivant le métal.

Le rouge de Brésil
Le rouge de brésil est connu depuis le Moyen-Âge sous le nom de brazil. Le bois de sappan était importé du Moyen-Orient. Lors de la découverte de l’Amérique d’autres espèces de caesalpina furent découvertes en grande quantité, au point de donné son nom à l’actuel Brésil. Il est utilisé pour les encres d’enluminures depuis le XII e siècle, sous forme de laques.

 
Représentation de Caesalpina Crista par Michel DELCAUSSE Calligraphe, peintre.

C’est surtout au XV e siècle qu’il est beaucoup utilisé. Les encres d’enluminure à base de laques de bois de brésil sont communément employées à cette époque pour les transparences et les carnations. Ainsi qu’en mélange avec le vermillon pour en modifier le ton ou faire les drapés, ou bien associé avec le lapis ou le pigment de pastel pour obtenir des violets.


Bois de brésil, mis en copeaux avant de préparer la décoction pour en extraire le rouge.

L’orseille (lichens de type rocella)

 

Les lichens et les orseilles de terre ou de mer sont connues depuis 3000 ans en teinture mais également utilisée sous forme de laques et encres. Les encres d’enluminure que l’ont peut obtenir vont du rouge au rouge violacé.

Le sang de dragon (dracaena draco)



Le sang de dragon ou rotang est une liane dont les fruits exude une résine rouge. Le sang de dragon est une résine rouge soluble dans les substances grasses.

Kermès et les cochenilles (anthraquinones et laques des anthraquinones)



Le Kermès et les cochenilles sont appelés « graine », c’est le carmin des enlumineurs et des peintres.
Les principes colorants sont des anthraquinones tel l’acide carminique ou l’acide kermésique. Ils donnent dans l’eau une encre d’un beau rouge que l’on peut utiliser pour l’écriture.
En encre d’enluminure on les utilise sous forme de laque (pigment carmin).