Fixation, protection et conservation des pastels tendres

Pourquoi faut-il protéger le pastel tendre ?
Les œuvres au pastel tendre sont composées d’innombrables et microscopiques grains de couleurs que sont les pigments. Le caractère poudreux de la technique du pastel tendre confère donc aux œuvres des qualités visuels de soyeux, de velouté et de fraîcheur des tons. Ce qui fait dire que le pastel tendre est un divin menteur. Mais en revanche ses grains peu liés sont un inconvénient pour la solidité de l’œuvre de pastel. Le pastel une fois terminé doit être protégé, en particulier des chocs et des frottements préjudiciables. Les chocs peuvent faire sauter la poudre de pastel de son support et les frottements essuyer la poussière de pastel. Si l’accroche du pastel n’est pas suffisante, par exemple parce que le support est trop lisse ou que le trait n’est pas suffisamment appuyé, un simple éternuement ou un souffle peut endommager l’œuvre en arrachant une grande quantité de poudre de pastel.

Fixation des pastels tendres
Fixation en cours de travail
La technique du pastel tendre consiste le plus souvent à juxtaposer les couches de couleurs, il est alors impératif de fixer entre chaque couche pour améliorer la solidité de l’accroche et éviter de mélanger la couleur sur celle déjà appliquée. Il est possible de ne fixer qu’une partie du pastel en se servant d’un cache protecteur. Les fixatifs de pastel du commerce sont bien adaptés. Les fixatifs du pastel du commerce sont composés d’une grande variété de résine. Pour le papier les fixatifs en solution organique à base de gomme laque, résine dammar, acétate de polyvinyle sont préférables. Pour un support toile les fixatifs en phase aqueuse (vinylique ou acrylique), plus souples, sont utilisables en cours de travail Il faut prévoir un temps de séchage après vaporisation.

Fixation finale du pastel
Il est préférable de fixer la dernière couche de pastel tendre en vaporisant légèrement afin de modifier le moins possible les couleurs. Certains artistes vaporisent de la laque à cheveux qui selon eux modifie peu les tons du pastel (mais attention à la tenue et au risque de jaunissement à long terme).

Fixation sans fixatif

Francis PRATT, pastelliste à Castelnau de Montmirail, renforce l’adhérence de la couche de pastel en entreposant ses pastels tendres à plat, dans un lieu humide (une cave humide par exemple), pendant une quinzaine de jours. L’humidité redissout le petit peu de gomme ou liant que contiennent les pastels tendres, les grains de pigment s’agglomère ensemble et le pastel est plus solide même si il reste encore fragile. Il faut faire très attention au risque de moisissure.

*Astuces :
N’oubliez pas de secouer de en temps votre feuille de travail pour la décharger de la poudre de pastel en excédant. Il est préférable lors de la fixation finale de vaporiser à plat les œuvres de pastel afin d’éviter le risque de coulures. La distance de vaporisation doit être à au moins 30 cm pour ne pas risquer de souffler la poudre de pastel. Lors de la vaporisation du pastel, il est impératif de donner un mouvement de balayage ou de huit au vaporisateur pour uniformiser le nuage de fixatif et ne pas mettre trop de fixatif sur un même endroit.

Inconvénients de fixer le pastel tendre
Modification de l’œuvre
La résine du fixatif se fixe sur la couche de pastel. Les grains de pigment ont alors leur indice de réfraction modifié. Le pastel paraît « mouillé », plus profond et plus vif, il y a perte du soyeux.

Glaçage, figeage de l’œuvre de pastel
Si la quantité de fixatif déposé sur le pastel est trop grande, l’épaisseur de fixatif risque de « vernir » l’œuvre. Le film de fixatif aura un effet néfaste sur la matité et le satiné du pastel, et conduira à la perte de la fraîcheur des tonalités. Le pastel perd ses caractéristiques et l’œuvre de pastel paraît glacée et figée.

Dégradation
L’utilisation d’un fixatif inapproprié, comme une solution trop riche ou une résine trop forte (trop dur, imperméable), risque de donner un film qui arrache la couche de pastel en tout ou partie.

Existe-t-il un fixatif idéal ?
Jusqu’à ce jour je n’ai pas entendu parler d’un fixatif parfait. Un bon fixatif apprécié par de nombreux pastelliste semble être le fixatif de Sennelier.

Recettes de fixatifs pour le pastel et le fusain

Ces 2 recettes sont tirées de la publication « Pratique des Arts N°47 pages 46 et 47 ».
Pour un support papier : un fixatif à la gomme dammar
Ingrédients et matériel
100 g d’alcool à 70°
3 g de gomme laque blanchie
2 g de résine dammar
Filtre à café

Remplissez un flacon avec l’alcool ménager et versez la gomme laque bien broyée, laissez dissoudre pendant 24 heures en secouant le flacon régulièrement. Puis versez la résine dammar bien broyée et laissez reposer pendant 48 heures. Filtrez, le fixatif est prêt.
Le moyen le plus simple pour appliquer le fixatif à pastel consiste à utiliser une soufflette à bouche. Procédez à 30 cm de la surface en balayant celle-ci de manière régulière, de gauche à droite et de haut en bas. Laissez sécher la première couche et vérifiez le résultat avec les doigts.
Pour un support toile : un fixatif vinylique
Ingrédients et matériel
20 g de liant acrylique ou vinylique
80 g d’eau distillée
Diluez le liant vinylique ou le liant acrylique avec l’eau distillée, remuez jusqu’ l’obtention d’une consistante bien liquide. C’est prêt.
Le moyen le plus simple pour appliquer le fixatif à pastel consiste à utiliser une soufflette à bouche. Sur la toile, qui absorbe moins bien le liquide, pulvérisez le fixatif de préférence à plat, afin d’éviter les coulures éventuelles. Laissez sécher au moins 20 minutes.

Ils ont dit ou ils ont écrit sur la fixation du pastel tendre

Extrait d’une lettre du 2 mai 1890, de Monsieur IWILL artiste peintre à Paris à Monsieur Georges MEUSNIER expert auprès des tribunaux.

« Dois-je, maintenant, dire un mot des fixatifs recommandés pour le pastel. Ce sera vite fait en tout cas : ils sont tous détestables. Le meilleur procédé pour donner à l’œuvre la plus délicate une durée presque certaine est encore celui qui est employé par POINTELIN. Il consiste à battre son pastel lorsqu’il est à l’état d’ébauche, à faire tomber tout ce qui peut tomber, puis à le reprendre par des touches larges et franches, à le rebattre encore presque terminer par des finesses et à raffermir le dessin, discrètement toujours, au moyen de crayons demi durs. On peut être sûr que, ces précautions prises, tout ce qui pouvait tomber étant tombé, le pastel peut voyager, recevoir des secousses, éprouver des trépidations, sans craindre de biens grands désastres. »

Extrait de l’ouvrage de François TOSCA La peinture qu’est-ce que c’est ?

Durant toutes ces années, ce sont des milliers de dessin à la sanguine ou au lavis qui sont venus enrichir votre démarche de sculpteur. Comment s’est faite la rencontre avec le pastel ? Quel attrait a-t-il exercé sur vous ? : « Le pastel, ne comportant aucun véhicule, ne risque ni craquelures, ni jaunissement ; mais en revanche il est extrêmement fragile et le plus léger choc, un souffle même, suffit pour le détériorer. On peut pour le garantir, l’encadrer sous une vitre. Il vaut encore mieux le fixer par pulvérisation d’un liquide approprié ; mais malgré tout le soin que l’on prend, le pastel y perd une partie de sa fleur. Malgré sa fragilité, le pastel sera toujours employé, à cause de la fraîcheur de ses tons, qu’aucun autre procédé ne peut donner, et de la simplicité de son emploi. »

Protection et exposition des pastels

Il est préférable voir impératif de protéger les pastels en les encadrant pour les exposer. Les pastels peuvent être facilement abîmés par l’humidité, être touchés par des curieux, être frottés, etc. Le cadre protège efficacement le pastel des chocs. La fixation finale n’est pas nécessaire si on encadre le pastel sous verre. Le pastel doit être éloigné du verre à l’aide d’une marie-louise (passe-partout) d’épaisseur au moins égale à 3 mm. Dans le cas où le pastel ne serait pas fixé par peur de perdre l’effet velouté de l’œuvre de pastel, il y aura nécessité de placer une «marie-louise intercalaire » entre la pastel et la marie-louise pour que la poudre de pastel tendre qui va se détacher tombe entre les deux (un simple carton ondulé découpé un peu plus large que la marie-louise suffit).
La couleur de la marie-louise sera choisie avec soin pour mettre le pastel en valeur. La vitre doit toujours être nettoyée avec un chiffon humide, pour éviter la formation et l’accumulation de charges électrostatiques qui attirerait la poudre de pastel sur la vitre.
Les verres organiques (polycarbonates, plexiglas) ne sont pas recommandés parce qu’ils sont fragiles à la rayures et sont plus facilement électrisables que le verre

Conservation et stockage des œuvres de pastels tendres

Les pastels doivent être stockés à l’abri de l’humidité. En effet les supports papiers et la couche de pastel peuvent aisément moisir à la longue.
On peut stocker les pastels dans des cartons à dessin en prenant quelques précautions. Lorsque l’on range les pastels il faut poser le carton à plat et empiler soigneusement les pastels un par un, si on enfonce verticalement les pastels entre d’autres pastels le frottement les détériorera. Entre chaque pastel il faut mettre une feuille isolante de papier sulfurisé ou de papier glacé pour éviter que les pastels ne se salissent entre eux. Ensuite le carton doit être refermé et soigneusement serré pour éviter que les pastels ne puissent pas bouger lors du transport. Un carton peut contenir une vingtaine de pastels. Si on a besoin de plusieurs cartons pour stocker tous ses pastels on pourra placer ses cartons de préférence sur une chèvre.